Mais Federer était surtout fatigué après près de quatre heures de bataille, et enervé après un nouveau revers sur terre face à Nadal (6-2, 6-7, 6-3, 7-6), moins d'un an après sa défaite en demi finale de Roland Garros. Comment ne le serait-il pas, alors que son hégémonie bute toujours sur ce diable d'Espagnol ?
MONTE CARLO -
" Au début du match, vous avez semblé avoir du mal a trouvé vos marques. Etait-ce dû à la nervosité ou bien au vent?
-Ni l'un, ni l'autre. C'est encore une fois cette difficulté de s'adapter à un jeu de gaucher. J'aimerais pouvoir mieux comprendre ce problème. J'espère que ce sera pour la prochaine fois. Avec Nadal il faut que j'attaque dès le début du match. Peut-être que mon service n'a pas fonctionné au maximum en ce début de partie. Il a eu deux ou trois très bons jeux. L'explication, c'est peut-être une combinaison de tout ça.
-Y a-t-il des choses que vous regrettez particulièrement?
-Il y en a plusieurs. Toutes les fois où je lui ai offert des ouvertures sans raison. Il faudra à l'avenir que j'élimine ces baisses de régime. Comme ça, je n'aurai plus à faire la course derrière. C'est dur contre un joueur comme Nadal, même si j'ai réussi à revenir deux fois dans le match.
"C'était moi l'attaquant"
-Vous avez commis 78 fautes directes, parce que vous étiez obligé de lui mettre la pression tout le temps?
- Je n'avais pas le choix. Je ne pouvais pas me permettre de remettre en jeu toutes ses balles à mis-court. Il essaie souvent de vous attirer dans le court. C'était à moi d'accélérer et dans ces conditions, c'était moi l'attaquant. Pas lui. Donc il est normal que les fautes soient de mon côté. Je n'attache donc aucune importance à cette statistique.
-Vous n'avez converti que 4 balles de break sur 18. Ce chiffre là vous parle plus?
- Celui-là, oui. Je n'en suis pas content. Si j'avais réduit ce déficit ça aurait changé beaucoup de choses. Comme ce n'est pas un très gros serveur, je devais faire mieux dans ce secteur. Absolument. mais ça peut arriver dans un match. L'important est que ça ne se reproduise pas.
-Ca vous fait maintenant trois défaites de rang contre Nadal (RG l'an passé, Dubaï en février dernier et ici). Qu'est ce que ça signifie?
- Sûr que j'aurais aimé remporté ces matches, mais ça ne brise pas ma volonté et mon espoir de mettre fin à cette série. Je souhaite surtout qu'il ne me batte pas en Grand Chelem. Ce qui est important pour moi, c'est que j'ai encore 2000 points d'avance sur lui au classement. Mais bon, vous, les journalistes, allez sûrement en raconter plus que moi je n'en ai à dire sur le sujet. Ce soir (avant hier), je vais aller me coucher. Demain je vais reprendre la route et j'aurais oublié ça.
- Quand même, Nadal marque des points dans l'optique de Roland Garros...
- Je ne vois pas du tout ça comme ça. Je dresse un bilan positif de ce tournoi et de ce match. Clair et net. Je ne suis pas frustré du tout. Je suis fatigué mais pas déçu. Ce mach s'est joué à peu de choses. J'ai le sentiment qu'il m'a permis de répondre à beaucoup de questions que je me posais sur mon jeu sur terre battue.
- Lesquelles, par exemple ?
- (Sourire) Je ne vous le dirai pas.
- Ne peut-on pas suggérer que Nadal est un peu meilleur que vous sur terre battue ?
- Non, il n'est pas meilleur que moi. Je dirais que nous sommes à égalité. J'estime avoir trouvé des solutions pour le jouer sur terre. D'accord, je n'ai pas réussi à conclure aujourd'hui. Encore une fois, ça ne s'est pas joué à grand chose. J'étais à deux doigts de remporter le quatrième set. Et dans un cinquième set, rappelez-vous Miami (en 2005, il avait remonté un handicap de deux sets face à Nadal pour s'imposer 6-1 dans la dernière manche).
- Donc, dans l'optique de Roland Garros, vous pensez avoir progressé ?
- Parfaitement. Dans des conditions de jeu bien plus proches de Paris ici qu'à Rome ou à Hambourg, j'ai atteint la finale et j'ai livré un superbe combat. Donc, j'estime avoir fait un grand pas en avant sur la route de Roland Garros."
>> Voilà, l'interview que je vous avez promis...
MONTE CARLO -
On était venu à Monte-Carlo en quête d'informations sur les chances de Roger Federer de gagner à Roland Garros un quatrième titre du Grand Chelem d'affilée. On en repart avec la certitude que Rafael Nadal est mieux que capable de conservé son titre à Paris, comme il l'a fait hier en Principauté. En repoussant les assauts du Suisse au terme de 3h50 d'une bataille passionnante, et au lendemain d'un autre combat contre Gaston Gaudio, l'Espagnol a balayé ousles doutes sur sa forme nés de ses problèmes de santé de l'hiver. Le Nadal de 2006 sera tout aussi difficile à vaincre que le gamin inspiré qui avait fait irruption sur le circuit l'an dernier. Le doute n'a pas plus prise sur lui aujourd'hui qu'hier. Et ses adversaires seront tout autant condamnés à l'exploit.
Le voilà arrivé à 42 succès de suite sur terre battue. A onze finales gagnées à la file. A quatorze titres dont 5 Masters Series. Le tout à 19 ans... La carrure du bonhomme dépasse largement le tour de ce biceps sur lequel on se focalise parfois, à tort.
Contre Roger Federer, hier, il a une fois de plus démontré qu'il était doté des talents essentiels du tennis : la volonté, le coup d'oeil et les jambes. En outre, contrairement à certains des seigneurs de la terre qui l'ont précédé, il possède aussi une main exceptionnelle et une adaptabilité dont il a donné la démonstration hier en gagnant sa part des échanges en finesse au filet. Si l'on ajoute dans ce portrait, pas franchement robot, que ses biceps et ses poignets lui confèrent une force peu commune pour frapper des passings improbables à bout de bras, on comprendra que, face à lui, Roger Federer soit réduit en permanence au miracle, sur terre plus qu'ailleurs.
Au sortir du court, malgré sa défaite en quatre sets comme à Paris, le Suisse se jugeait pourtant satisfait. Le reste de sa semaine monégasque avait en effet tout pour le rassurer sur son aptitude de terrien. Mais il considérait aussi s'être rapproché hier de son rival. C'est bien là l'attitude du champion qui préfère considérer son verre à moitié plein qu'à moitié vide. Le compte des face-à-face est pourtant en train de basculer nettement en faveur de son rival : 4-1. Et s'il se procura bien le premier break à l'entame du troisième set, puis une avance de 3 points à 0 dans le tie break du quatrième avant de céder, il avait été mis auparavant en demeure de sauver une balle de 5-0 au premier set, puis une autre de 2 sets à zéro au bout de moins d'une heure et demie de jeu, avant de remonter deux breaks au quatrième.
S'il veut espérer battre l'Espagnol à Paris ou ailleurs, Federer ne peut pas se permettre de rater ses débuts de match aussi nettement qu'hier ou encore qu'à Roland Garros en 2005. Que ce soit par appréhension de la tâche qui l'attend, ou, comme il l'affirme, parce qu'il a besoin de temps pour s'habituer au jeu d'un gaucher, peu importe. Ce set de handicap s'ajoute à ceux qui le grèvent déjà naturellement sur un sol contraire.
Car son début de match fut catastrophique. Lui qui n'avait perdu son service que 3 fois en 5 matches, le céda deux fois d'entrée et se trouva contraint de sauver des balles de break dans chacun de ses jeux d'engagement du premier set. Il le perdit encore une fois, blanc, au septième jeu du deuxième set. Et, même s'il commençait peu à peu à trouver son rythme, il dut grandement son retour dans le match à une baisse soudaine de son adversaire qui, servant à 5-4, commit ses 2 premières doubles fautes et caviarda sa balle de set en sortant un coup droit.
Une fois revenu à 5-5, muscles relâchés, Federer haussa le niveau de son jeu et du match vers les sommets. Agressif, tirant au plus près des lignes, il survola le tie break, puis réussi un break dès l'entrée du 3ème set pour mener 1-0, 40-15. Mais il ne parvint pas à ferrer le gros poisson qui semblait pourtant souffrir. Une double faute et deux volées ratées remirent Nadal à hauteur. Une autre balle de break manquée par le Suisse à 3-3 constitua un tournant. L'Espagnol reprit sa marche en avant, façon rouleau compresseur, pour emporter les trois derniers jeux du set puis écraser le début du quatrième, au point de mener 3-0 double break.
Un grand cri de souffrance, une balle propulsée de rage au plus profond de la mediterranée voisine semblèrent alors libérer Federer de ses angoisses. Plus agressif encore, multipliant les coups sur les lignes, il réussit son dernier exploit : revenir à 4-4, puis mener 3 points à 0 dans le tie-break, service à suivre. Mais un revers raté et un passing coupèrent son élan. Il ne gagna plus que deux points. Il avait poussé son rocher aussi loin que possible, mais le sommet était encore trop haut pour lui.
MONTE CARLO -
Hier, l'impressionnant Majorquin s'enquerrait pourtant du nombre exact de victoires consécutives sur terre battue. "42 ou 41 ? ", demandait-il, presque benoîtement, comme s'il avait du mal à conceptualiser sa supériorité sans partage sur la terre rouge. D'ailleurs, la qestion sur l'éventuel complexe que pourrait nourrir Federer à son égard lui paraissait totalement saugrenue. "Un complexe, lui, l'un des meilleurs joueurs de l'Histoire... il gagne l'Open d'Australie, Indian Wells, Miami et il aurait des complexes ? " A peine l'Espagnol tentait-il de riposter quand on lui rapporta les propos du Suisse, se sentant de plus en plus proche de son dauphin sur terre. " A Paris, j'avais perdu le deuxième set, et là, je menais 6-2,5-3 en gagnant ensuite le troisième set et en menant 3-0 au quatrième... " Disant cela, il ne semblait pas si évident à Nadal que l'écart s'était rétréci entre lui et le numéro 1.
Respectueusement, il remettait quand même les choses en perspectives, mais sans vouloir avouer sa domination. " Dans cette finale, j'ai eu des moments difficiles quand j'ai été breaké au début du troisième set, poursuivait-il. Mais Federer a manqué quelques points juste après et ça m'a relancé. Et quand il est revenu au quatrième, j'étais de toute façon prêt pour un 5ème set. Ce que je voulais, c'était gagner ce titre. En quatre sets, c'était mieux. Mais en cinq, ça n'aurait été pas mal quand même, non ? "
Hier, Guillermo Vilas, recordman dans cette même catégorie des matches gagnés d'affilée sur ocre avec 53 victoires, tenta de brosser le portrait robot de l'anti-Nadal : " Quelqu'un comme Federer, s'il monte plus et sert mieux, et comme Gaudio, plus fort dans la tête." Ca existe ?




